Alsace : Un an après le scandale du Fipronil, les particuliers préfèrent-ils avoir leurs propres poules pondeuses?

  • A l’été 2017, le Fipronil a contaminé des millions d’œufs et des produits transformés en Europe, de quoi faire réfléchir nombre de consommateurs.
  • L’attrait pour les poules pondeuses a-t-il augmenté auprès des particuliers depuis ce scandale du Fipronil ? Reportage en Alsace.

C’est le signal. Le matin au moment de pondre, les trois poules caquettent. Gabin, quatre ans et demi, ne traîne pas à sortir de la maison pour chercher les œufs. Pourtant, le garçon habite en ville, dans le quartier de la Robertsau à Strasbourg, avec sa petite sœur et ses parents. « On a la chance d’avoir un jardin », se réjouit Noémie, la maman. Et depuis deux ans, la famille a donc ses gallinacées.

« On cherchait à manger mieux et savoir exactement ce qu’on consomme, justifie-t-elle, au milieu des tomates, poires et quetsches du jardin. Là, on sait vraiment d’où ça vient et ce que les poules mangent. » En gâteaux ou omelettes, les parents sont de gros consommateurs d’œufs. Après le récent passage meurtrier d’une marte ou d’un renard, la famille a donc réinvesti dans un nouveau poulailler.

Le matin, Gabin, 4,5 ans, a pris l'habitude d'aller chercher les œufs des trois poules de la famille strasbourgeoise dans le poulailler du jardin.
Le matin, Gabin, 4,5 ans, a pris l’habitude d’aller chercher les œufs des trois poules de la famille strasbourgeoise dans le poulailler du jardin. – B. Poussard / 20 Minutes.

De plus en plus de particuliers acheteurs de poules

En août 2017, le scandale du Fipronil n’a fait que confirmer leurs convictions. S’il a épargné les élevages français, l’insecticide a contaminé des millions d’œufs belges ou néerlandais et des produits transformés ( comme des pâtes). Depuis, la crise alimentaire a fait réfléchir nombre de consommateurs. Noémie poursuit : « Quand on voit aussi les images de poules élevées [en batterie] sans plume ou sans bec… »

Leur ancienne cage a été vendue en moins de deux heures sur le net. Comme avec cette famille alsacienne, l’attrait pour les poules pondeuses a-t-il augmenté depuis ce scandale du Fipronil ? A Kirchheim (Bas-Rhin), Jacques Heitz vend des gallinacées depuis dix ans. L’éleveur confirme : de plus en plus de particuliers s’intéressent aux bénéfices des poules, à commencer par bien manger.

Les trois poules de la famille de Gabin, dans un enclos situé dans le jardin à La Robertsau, dans le nord de Strasbourg.
Les trois poules de la famille de Gabin, dans un enclos situé dans le jardin à La Robertsau, dans le nord de Strasbourg. – B. Poussard / 20 Minutes.

« A cause du Fipronil ? Il y a sûrement un peu de ça », complète-t-il. Chaque jour, le producteur alsacien vend entre 30 et 60 poules, de races et de couleurs différentes (de 1,5 à 12 euros). A des habitués qui en veulent parfois deux ou quatre de plus. Mais aussi, et toujours, à des nouveaux clients « aux profils très variés » selon Jacques Heitz. Des jeunes, des familles, des retraités…

Pour des œufs frais, bons et à la traçabilité sûre

Au magasin Botanic à Strasbourg, la plupart des acheteurs investissent pour des œufs frais, bons et à la traçabilité sûre ainsi qu’une alternative au compost (ou alors pour la compagnie), confie Marine, vendeuse. Elle complète : « Ce sont surtout des familles qui ont un jardin. » Leurs ventes sont en tout cas meilleures en 2017 qu’en 2018. Difficile d’obtenir des données globales chiffrées sur les ventes depuis le scandale du Fipronil, mais les poules sont plus qu’à la mode.

Les poules de la famille alsacienne habitant à La Robertsau pondent tous les jours, ou presque.
Les poules de la famille alsacienne habitant à La Robertsau pondent tous les jours, ou presque. – B. Poussard / 20 Minutes.

A Colmar, une distribution gratuite de poules est organisée samedi. Depuis 2015, la ville en donne à environ 500 foyers (qui ont au moins un jardin et un enclos) par an contre la signature d’un contrat d’adoption. Leur nombre augmente. Même des copropriétés en ont. Pour Guy Waehren, vice-président de l’agglomération, l’intérêt est « de réduire le tonnage des déchets ». A « manger et produire local, et par soi-même » pour les habitants.

A La Robertsau, la famille de Gabin les nourrit de restes de pain, épluchures de légumes, coquilles d’œufs (en plus de graines)… «Une poule mange 120 grammes par jour et les restes, elle adore ça », complète Jacques Heitz. A Kirchheim, l’éleveur fournit aussi des conseils : en prendre deux pour éviter d’en laisser une malheureuse, ou mettre un grillage assez haut et même sous terre face à la menace des renards.

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